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13 février 2013

Les Misérables : La chansonnette sonne faux / A miserable and grandiose adaptation

Les Misérables : La chansonnette sonne faux / A miserable and grandiose adaptation dans Pellicule 2

Si les Français peuvent avoir le recul nécessaire pour comprendre mon désarroi, comme vous avez pu le lire sur Radio VL, il m’a été difficile d’expliquer aux Anglais pourquoi cette adaptation ne mérite pas autant de succès qu’elle suscite (4 BAFTAs, et une dizaine de nominations aux Oscars). J’ai jugé donc utile de traduire mon article, en Anglais à gauche, en Français à droite.

If most of the French people understand me when I say how disappointed I am concerning this ridiculous adaptation, English people usually do not. As the Oscars are coming up, I translated my article in order to make them understand their mistake. Consequently, the left side is in English, the right side is in French.

Vive la France ?

The original French book is more famous in France than the musical in Broadway : it is a literary reference. Yet, we have been waiting for the planned confrontation. We knew that someday a Yankee version of Les Misérables would appear in our Gaul theatres. For the best, and especially for the worst.

Let me get this clear: if I had to gather my favourite authors under my own private French Pantheon, Victor Hugo would not be one of them. However, he has been an essential artist of the French culture. Its presence is effective in the Parisian Panthéon. Although I would not die for him, I can not forget the Hugo-mania that drove the young defenders of the Republic to shave their fringe in order to have a forehead as big as the Poet’s. He wanted his audience to call him like this, as he pretended he subscribed to God’s RSS feed.

As a matter of fact, I went to the theatre full of doubts as I remembered Tom Hooper’s King’s Speech, which was nice but not that awesome. As I came into the dark room, partly motivated by the Oscar nominations, I realised that the only memories I had of a Victor Hugo’s musical was from The Hunchback of Notre-Dame, which has been successful fifteen years ago in France.

Monument littéraire français, phénomène culturel à Broadway, il fallait s’attendre un jour ou l’autre à ce que Les Misérables version Yankees envahisse nos écrans gaulois. Pour le meilleur et, surtout, pour le pire.

Mettons les choses au clair : Victor Hugo ne fait pas partie de mon Panthéon d’auteurs. Force est de constater, cependant, son rôle primordial dans le paysage culturel Français. Sa présence est d’ailleurs effective dans le susdit-Panthéon. Force est de constater également la Hugo-mania, qui poussaient les jeunes défenseurs de la République à se raser la frange pour avoir un aussi grand front que le Poète. Vous savez, celui qui était abonné au fil RSS de Dieu.

C’est non sans méfiance que je me suis décidé à visionner la version de Tom Hooper, responsable du gentil mais pas fou Discours d’un roi. J’arrive dans la salle sombre, poussé par les nominations aux Oscars, mes vagues souvenirs de comédies musicales étant occupés par les plaintes de Garou pour une Esméralda-pop-queen.

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3 Amanda Seyfried dans Pellicule

Par sympathyfortheprojectionist le 13 février, 2013 dans Pellicule
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11 octobre 2012

The Devil and I : topographie et analyse de séquence machiavélique

Il prend plusieurs noms, signe rarement du sien, empeste comme une charogne mais séduit comme personne. Sujet de fascination en littérature, sous quelles formes cinématographiques sévit-il ?

The Devil and I : topographie et analyse de séquence machiavélique dans Insert faust

Du fait de la hiérarchie, le Diable est souvent représenté comme un parrain (Heartless, Philip Ridley, 2009), un chef d’entreprise ou autre fonction supérieure à haute responsabilité (Angel Heart, Alan Parker, 1986). Comparativement à Dieu, les couleurs sombres le mettent en valeur, la lumière et la blancheur étant réservées au Très-Haut. Il existe pourtant plusieurs représentations du Diable incarné dans un corps. En effet, d’un point de vue théologique, Dieu est considéré comme supérieur aux êtres qu’il a créé, il ne peut donc pas être un homme ou un animal. Le Diable est beaucoup plus trivial, il sévit sous le humus et a une libido décuplée (Faust, Alexandr Sokurov, 2012). Est-ce seulement sous la forme de zombie superstar que nous trouvons the devil au détour d’un bois ou dans les cinémas ? Éléments de réponse avec l’épilogue des Visiteurs du Soir de Marcel Carné (1942, scénario de Jacques Prévert).

Anne, jeune noble promise à un riche fils de seigneur tombe follement amoureuse d’un envoyé du Diable, déguisé en ménestrel. Elle accepte de donner son âme en échange de la libération de son amant, condamné à mort.

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Par sympathyfortheprojectionist le 11 octobre, 2012 dans Insert
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7 mai 2012

Cher France 4

Suite à l’annonce de France 4 TV publiée à cette adresse, je me permets de vous adresser ma réponse. Merci d’avance pour le temps que vous consacrerez à sa lecture.

Cher France 4 dans Pellicule zissou

Extérieur jour. Terrasse de brasserie parisienne, après-midi ensoleillé.

La caméra suit le mouvement d’un piéton, qui filme l’ensemble des tables, pour se focaliser sur la dernière de la terrasse, où sont assis deux jeunes gens.

Le premier, jeune brun à lunettes, semble contrarié. Il porte des vêtements totalement neutres, et des chaussures de ville resplendissantes. Il tapote avec agacement la table de la main gauche, tout en sirotant son demi de la main droite. Son voisin, brun également, emmitouflé dans une écharpe trois fois trop grande pour son cou, pianote sur son ordinateur, délaissant le café serré qu’il a commandé derrière sa machine. Lorsque la caméra s’approche deux, le jeune étudiant à lunettes pose sa bière avec vivacité, décidé à aborder ce sujet qui le taraude.

«-Tu comptes vraiment faire ça ?
-Bah quoi, j’ai le droit, non ? Je suis bien en vacances, que je sache !
-Oui, mais… Tu fais tes études à Paris, c’est pas très réglo tout ça.
-Comment ça, pas réglo ? Je rentre à Grasse tous les étés chez ma mère, je peux très bien partir 15 jours chez elle en Mai. En plus, y a un TER de Grasse jusqu’à Cannes.
-Soit, mais tu leur diras quoi alors, pour l’entretien de ton blog ? T’es mignon avec tes rêves d’ambassadeur, mais j’ai rien vu sur ton site depuis l’article sur Burton.
-Ces articles-là, c’est pas pareil. J’suis pas dans l’actu chaude, comme les journalistes disent. Il me faut plus de temps pour les élaborer… Si je suis pris, je ferai de l’actu chaude, et tu peux me croire, j’ai été rôdé avec mon stage au Film français. D’ailleurs, j’avais vraiment pas le temps de faire autre chose.
-Mais c’est ça que tu dois leur dire : t’étais stagiaire au Film français !
-Ouais, ambiance. Si c’est pour qu’ils me répondent : «Vous auriez pu y aller avec cette rédac plutôt qu’avec nous ?», non merci.
-C’que tu peux être défaitiste, on dirait un personnage de Klapisch.
-Non, mais j’suis réaliste. Tu te rends compte de l’opportunité ?! C’est bien mieux que de courir après les projections, comme quand on était au lycée Bristol, et qu’on séchait les cours pour obtenir des invitations gratuites.
-J’me souviens encore de la sueur de la foule qui piétinait mes nouvelles godasses.
-Merci bien, j’te parle d’un projet de suivi journalistique, tu me rabâches ton histoire de chaussures. C’est sympa, de parler avec toi, j’te jure.
-Putain mais déstresse, mec ! Tu comptes vraiment leur parler comme ça à ton jury ? Parce que franchement, commence pas à rêver de Thierry Frémaux, à mon avis ce sera mort pour toi.
-Ouais c’est ça. Sinon, l’ambition, ça te dit quelque chose ?
-Mais t’es complètement malade ! Tu peux pas te permettre de parler comme ça ! Attend d’être aussi blasé qu’Almodovar au lieu de te la péter comme un putois. Au fond, tu sais, t’es qu’un pauvre étudiant.
-… C’est beau la nature.
-Quoi ?!
-Oui, la nature. Elle m’ouvre les yeux. Il faut écouter la nature. Elle me dit que je dois postuler, au cas où. Comment c’est, le dicton, déjà… Qui ne tente rien n’a rien, non ? Oh et puis, aussi, la nature vient de chier sur tes chaussures de ville. Ne me remercie pas, c’est pour moi.
-…Journaliste de merde.»

Le jeune étudiant à lunettes se lève brusquement, bouscule légèrement les clients des tables voisines, et se dirige vers l’intérieur afin de demander de quoi nettoyer sa chaussure, maculée de fiente de pigeon. Le deuxième, au bout d’un long moment, arrête de pianoter sur son ordinateur. Pour la première fois de la séquence, il détourne son regard de son écran, pour fixer l’oeil de la caméra. Le plan se rapproche de son visage, et au moment où celui-ci s’apprête à nous adresser la parole, noir sec.

Intertitre : «Ma voix n’est pas exceptionnelle, mais elle a le mérite d’être unique. Libre à vous de la faire entendre. Cinéphilement vôtre,»

Noir.

 

Par sympathyfortheprojectionist le 7 mai, 2012 dans Pellicule
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6 mars 2012

Une grosse tête qui gonfle, qui gonfle, et PAF ! L’expo Burton à la Cinémathèque française

Cette année, on sort la scie musicale des cercueils et les yeux des orbites. L’expo Tim Burton, qui débarque tout droit du MoMa de New-York City ouvre mercredi 7 mars à la Cinémathèque française. Une rétrospective et une carte blanche concoctées par le maître des weirdos tiendront en haleine les emos franciliens en manque de graisse pour leurs tignasses bigarrées. Tim Burton, c’est aussi deux films à venir pour cette année : Frankenweenie, remake de son court des années 80 en stop-motion (l’original avait été réalisé avec de véritables acteurs), et Dark Shadows, adapté d’une série télévisée vampiresque des années 70, avec Johnny Depp et Eva Green.

Une grosse tête qui gonfle, qui gonfle, et PAF ! L'expo Burton à la Cinémathèque française dans Focale romeojulietRoméo et Juliette selon Tim Burton

Une actualité à faire verdir toutes les pêches géantes. Pourtant, Tim Burton incarne la voix de la culture underground. Une contre-culture produite par Disney, whaaaat ? Pour comprendre le paradoxe, il faut aller au-delà du simple fait, chose que l’exposition nous fait assimiler aisément. Limite, on a pas besoin du sosie de Robert Smith pour comprendre. Vis ma vie de stagiaire en rédaction de journal vous plonge aujourd’hui dans l’abysse phosphorescent et terrifiant de : LA CONFÉRENCE DE PRESSE (parce que oui, nous avons vu l’exposition en exclu avant tout le monde, et oui, nous avons failli poser une question à l’homme qui aimait les squelettes et les filles en haillons (non, pas Davy Jones)). Nous vous soumettons ci-dessous un extrait du journal intime de notre victime, qui a préféré rester anonyme. Accents impeccables et questions pertinentes, prière de s’abstenir.

darkshadows Beetlejuice dans Focale stainboy Big Fish

 

 

 

« Lundi 5 mars 2012

« Non mais attend, en plus on fait la queue pour avoir des casques, mais c’est quoi ce délire ? ». Pas de doute, je suis bien en train d’attendre une conférence, entouré de journalistes aussi parisiens que leurs badges officiels le font remarquer. Moi, je n’ai qu’un petit billet, mais je le tiens fièrement, et je ne me plains pas. Le casque, en fait, c’est la traduction de la conférence. Etrange, me dis-je, innocent, la conférence ne sera pas diffusée dans la salle ? Je m’assois entre un bobo et un hipster. Le bobo me tutoie quand je lui pose une question et traîne sur son compte Twitter, blasé. Le hipster critique tous les moindres détails de la version frenchy de l’expo avec sa voisine, parce que « à NYC, elle était tellement mieux » et remplace toutes les virgules de son blâme par un blasé ‘Totally’ (répété en écho par la voisine à Way-Farer écailles de tortue-paillettes de sirène des îles Galapagos bien voyantes). Ils usent de la ruse ultime : parler en anglais. C’est sûr, personne ne comprendra. Bitches please.

 

 

 

 

http://www.dailymotion.com/video/xolpfq

Raclement de gorges, tests son, on nous passe le mini-teaser-symbole de l’exposition (« -Non mais c’est exactement le même qu’à New-York quoi… Manque d’originalité… Pff… -Totally. »). Et hop, mister Burton débarque. Moumoute bien échevelée, lunettes de soleil, foulard sombre autour du cou. C’est bon, nous sommes bien en présence du personnage. Pas de démarche alcoolisée à la Jack Sparrow par contre, ce qui est assez surprenant pour l’image que je m’en étais faite. Après l’interminable liste des remerciements des commissaires des expos et des partenaires financiers égrénée par un Costa-Gavras en costume velours sombre et chaussettes rouge sang (une volonté de coller au thème ?), nous passons au massacre : les questions des journalistes.

 
frankenweenie1 Burtonexpo

Je n’en avais qu’une seule, une simple et précise : l’exposition nous montrait des extraits de Frankenweenie qui sortira pile le jour d’Halloween 2012 (comme c’est étrange). Or, la partie consacrée à Dark Shadows est très mince. Y a-t-il d’autres éléments à savoir, mis à part le fait que Johnny Depp aura (encore) des lunettes bizarres et Eva Green une robe à paillettes rouge ? La date de sortie, l’atmosphère générale, l’avancement de la post-production, la différence des conditions de travail entre Warner et Disney (qui se partagent sa filmo de 2012), la énième collaboration avec le compositeur Danny Elfman ? Vous l’avez compris, j’avais une question.

jack Cinémathèque Française

Seulement, j’ai échoué dès l’étape 1 : récupérer un micro. La salle Henri Langlois, qui était quasiment remplie, est équipée de 412 places assises. Pour les questions, nous avions 1 micro. Oui, 1 micro. La bataille m’a rapidement lassé. Les questions des journalistes également : pour une question pertinente, cinq âneries suivaient (exceptée peut-être celle du Petit Journal, qui a des circonstances atténuantes). C’était sans compter sur l’étape 2 : parler en anglais. J’ai fait mon fou, j’ai décidé de ne pas mettre le fameux casque. J’suis bilingue moi, j’suis pas là pour rigoler. Du coup, je riais aux blagues en simultané, quand le reste de la salle le faisait… Cinq secondes plus tard (même chose concernant les blagues en français pour mon voisin hipster). Ce n’était malheureusement pas le cas de mes chers collègues. Baffouillages, hésitations, accents bien prononcés… Les quelques fous qui se sont aventurés à parler dans la langue de Beetlejuice ont eu droit à une grimace Burtonienne accompagnée d’un gêné « Can you repeat, please ? ». Consequently, les redites en anglais ont été très peu nombreuses. Du coup, je suis arrivé à l’étape 3 : répondre aux questions des journalistes à la place de Tim Burton. Vous allez voir, c’est très drôle.

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« Que pensez-vous du lien entre le dessin et les films, si vous lancez un regard général sur votre parcours ? »

Alors toi, t’as pas fait l’expo. Tu n’as pas vu les milliards de dessins qui accompagnent tous les travaux préparatoires de ses films. Tu n’as pas vu qu’il griffonnait jour et nuit, d’abord pour le plaisir, ensuite par contrainte lorsque la prestigieuse école de dessin CalArts l’a forcé à apprendre l’histoire de l’Art. Tu n’es pas au courant qu’il a illustré lui-même son livre La Triste fin du petit enfant huître et autres histoires, et qu’il a décidé de faire éditer un livre de tous ses dessins pour une somme astronomique chez tous les bons marchands de journaux. Tu ne l’as pas entendu qualifier les recherches des commissaires pour des dessins dans ses archives personnelles de ‘fouille archéologique’. Donc, tu sors.

marsattack Dark Shadows

« Pensez-vous que l’influence des Major company nuit à la créativité ? »

Il y a un outil formidable pour répondre à ta question : Wikipedia ! Oh, que vois-je ? L’école CalArts (Valencia, Californie, USA) est en fait la pépinière de Disney dans laquelle la firme pioche ses nouveaux talents. Que vois-je ? Les premiers courts de Burton ont été produits par Disney avant qu’il ne se fasse virer pour abus d’originalité. Comment ? La bataille qui a eu lieu pour le montage d’Edward aux mains d’argent a valu au réalisateur de se faire virer de la Fox en même temps qu’elle a assuré sa réputation. En gros, Internet te sauvera ma fille. Tu aurais mieux fait de lui poser la question : « Michael Jackson était intéressé par le rôle d’Edward, pensez-vous qu’il aurait apporté une aura particulière à votre film, le lui auriez-vous donné si Johnny Depp n’avait pas été disponible, qui serait devenu votre égérie masculine ? ». Donne moi ta carte de presse, donc.

bigfish Edward aux mains d'argent

« Si vous ne deviez choisir qu’un seul film parmi tous ceux que vous avez réalisés, lequel choisiriez-vous ? »

En gros, c’est comme si tu demandais à un artiste de choisir quel tableau il sauverait des flammes, ou à un chef d’entreprise lequel de ses employés est son préféré (en partant du principe qu’il connaît tous ceux qu’il emploie… DRÔLE). D’ailleurs, il a bien répondu à ta question débile : « Je vais pas vous dire lequel de mes enfants je veux garder ! ». En plus, si tu regardes bien, rien ne sert d’analyser ses derniers films. Tout est concentré dans Vincent (1982). L’ambiance gothique (Sleepy Hollow, Beetlejuice, Alice au pays des merveilles), le stop-motion de personnages difformes (Les Noces funèbres, Frankenweenie, L’étrange Noël de M Jack d’Henry Selick), la figure du monstre dans un monde normé (Batman, Mars Attacks !, La planète des singes), l’anti-héros marginal (Edward aux mains d’argent, Ed Wood, Charlie et la chocolaterie) et surtout la grande part autobiographique de ses œuvres (Big Fish, Pee-Wee Big Adventure). 30 ans après ce magnifique court, il nous sert à chaque fois la même tambouille. Et tout le monde en reprend. Mais merci bien pour ta question très fine, chère collègue.

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Seulement voilà, une heure d’interview, ça fait peu de bêtises, au final. Je jette un coup d’œil à ma prise de notes : une seule citation de Burton m’a plus. « Je n’ai pas la culture du musée. Le premier que j’ai visité à 18 ans était le Hollywood Wax Museum. » Je viens de tomber sur cette exacte réplique dans un article daté de juillet 2009. J’me suis bien fait avoir.

»

edwardmainsdargent Eva Green

Sombre histoire que tout cela. Ne nous laissons pas abattre : l’expo Burton est à voir au moins pour :

(à voir aussi, la version web de l’expo au MoMa)

Vous avez jusqu’au 8 Août.

charliechocolaterie exposition

Par sympathyfortheprojectionist le 6 mars, 2012 dans Focale
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27 février 2012

Une reine pin-up, une pomme de reinette : Marie-Antoinette au cinéma

Le 21 Mars, Les Adieux à la Reine de Benoît Jacquot sortira en salles. Adapté du premier roman de Chantal Thomas, ce film suit le destin de la lectrice de Marie-Antoinette entre le 14 et le 17 juillet 1789. 6 ans après la version sulfureuse de Sofia Coppola, que reste-t-il à dire de la dernière épouse de France ? Bataille de jupons et crêpage de perruques en perspective.

Une reine pin-up, une pomme de reinette : Marie-Antoinette au cinéma dans Focale adieuxalareine

«Bientôt, je serai loin de Versailles, bientôt je ne serai plus personne.»

Avant de nous atteler à la confrontation des pellicules, il convient que nous nous arrêtions un instant sur les livres adaptés. D’un côté, il y a Marie-Antoinette d’Antonia Fraser (2001), qui a donné la version Coppola ; de l’autre Les Adieux à la Reine de Chantal Thomas, dont les droits ont été acquis dès sa publication en 2002. La première est américaine, la seconde est française. Toutes les deux sont historiennes, mais leurs techniques d’analyse diffèrent. Fraser présente son ouvrage comme un manuel historique, or nous sommes loin de la distance amusée d’un Stefan Zweig sautillant de joie à l’écriture d’épisodes croustillants (à la manière de Stéphane Bern et ses visites exceptionnelles-jamais-vues-à-la-TV-exclusivité-mondiale-potin-d’il-y-a-deux-siècles). Fraser prend le parti pris de défendre ce personnage royal, qui a défrayé la chronique de son vivant, mais qui fascine depuis une grande part de la population universitaire. Elle participe ainsi à l’élaboration du mythe de la reine-martyr là où un universitaire franco-gallico-français se serait contenté de plates mises en perspective. L’ouvrage de Thomas est, cependant, un roman. L’auteure est une habituée des milieux spécialisés en Histoire, mais il s’agit ici de fiction. Du moins, de semi-fiction. Son livre s’appuie entre autres sur les mémoires de Mme Campan «lectrice de Mesdames et première femme de chambre de la Reine», qui évoque une ambiguïté relationnelle entre la Reine et une de ces favorites : la duchesse de Polignac (traduction instantané pour toi, jeune internaute venu ici par hasard, lecteur plus habitué aux commentaires Skyblog : la Toinette elle est gay quoi, avec l’aut’ Popopo, mais c’est pas sûr t’as vu ils avaient pas la fonction photo à l’époque). La différence de base est donc énorme. Elle pourrait presque convenir à deux personnes distinctes. Et pourtant, Marie-Antoinette n’a pas deux têtes (la suite de l’article ne parviendra malheureusement pas à prouver sa schizophrénie, malgré tous les efforts éthiques et esthétiques mis en oeuvre pour l’élaboration de cette Focale, N.D.L.R.).

Marie-Antoinette-aff1.jpg-copie Antonia Fraser dans FocaleAdieux-Reine_Affiche-120x160-def Benoît JacquotLâchons maintenant les roquets et autres caniches hargneux permanentés. À ma gauche, un film sélectionné au festival de Cannes, encensé par une presse qui n’avait vu que des extraits. Des murmures d’extase autour de la prestation de Kirsten Dunst, une autorisation exceptionnelle pour une Ricaine de tourner à Versailles quelques jours… Et puis, houleuse réprobation du public lors de la projection officielle et fiasco monumental aux résultats de la quinzaine. Repartie bredouille, Sofia Coppola a dû assumer un film ‘trop personnel pour être historique’, ‘brouillon’, ‘esthétique mais pas plus’…
À ma droite, le dernier poulain de Benoît Jacquot, sponsor officiel des bobos du canal Saint-Martin (reprezent). Sélectionné à la dernière Berlinale, il rassemble à l’écran Virginie Ledoyen, Diane Krüger et Léa Seydoux. Le projet aboutit après 10 ans de travail pour le propriétaire des droits du livre et producteur du film Jean-Pierre Guérin. Seulement voilà, pas de récompense à Berlin. Pas de scandale éthique non plus.
Lequel l’emporte sur l’autre ? Les festivals semblent incapables de s’en charger, heureusement que the Projectionist est là. La preuve par 3.

 

 

 

 

 

La photo : Point pastel pour Coppola
Elle l’a utilisé outre mesure dans tous ses films publicitaires par la suite, mais qu’importe. Ce qui frappe le plus dans l’esthétique de Marie-Antoinette, c’est sa palette de couleurs, qu’on croirait issue d’un tableau de Fragonard. Les promenades dans les champs (qui rappellent aisément celles des soeurs Lisbon de Virgin Suicides) prennent des airs de pastorales. Le mobilier, la nourriture, les vêtements se confondent avec les sucreries en tout genre. Versailles est le lieu de l’illusion, du jetable, du paraître poussé à son maximum. Un monde où l’on aime s’y prélasser, prétendre ne pas voir les tensions politiques qui se forment autour d’une grossesse qui n’arrive pas à point nommé. Dans Les Adieux à la Reine, c’est la mise en scène de ces privilèges qui est montrée. Comme nous suivons la lectrice, nous passons avec violence de la bulle intemporelle et gracieuse de la Reine à la fluctuation des serviteurs et autres acteurs de l’ombre. L’envers du décor se révèle autant, sinon plus cruel que les velléités de la Cour et de son étiquette. Car une lectrice d’origine modeste se doit de donner l’illusion d’être l’égale de la Reine lorsqu’elle la demande. L’image est donc volontairement trouble, éclairée par des bouts de chandelle. Ici une scène de panique dans un couloir, là une conversation de nobles, l’oeil ne s’habitue pas, bringuebalé dans les passages secrets du palais royal.

La reine dans tout ça ? Jacquot historien.
N’est pas royale qui veut. Kirsten Dunst ne l’est absolument pas. Et c’est pour ça qu’elle a été choisie dans ce rôle. Sofia Coppola a voulu filmer une personne qui fait tache. Dans tous les sens du terme. Cette Marie-Antoinette-là parle anglais avec un accent chewingué, écrit en faisant des ratures, ne connait pas les règles d’éthique de son pays d’adoption ni celles de bien-séance. Le portrait est peut-être trop appuyé. Et pourtant, dépoussiéré comme ici fait, il n’a jamais retenti avec autant de modernité. C’est une gamine qui fait son caprice, enfermée dans une cage dorée, mais qui, au final, arbore le costume de la royauté par contrainte. Jamais par choix.
Diane Krüger dessine les traits d’une reine aussi déconnectée de la réalité qu’ancrée dans son époque. Seul son accent (accentué pour l’occasion) trahit ses origines. Elle est le centre du monde, c’est évident. Sa lectrice lui voue un culte chaste. Sa duchesse de Polignac entretient un amour dévorant, physique pour elle. Sa, son, ses. Tout est à elle. Sauf peut-être la révolte du peuple, qu’elle préfère assumer seule. C’est une Marie-Antoinette de la représentation, même lorsque les circonstances ne l’y forcent pas : la scène déchirante où elle se sépare de la duchesse de Polignac se déroule au milieu des servantes qui préparent les valises royales. Que ce soit pour choisir un service à thé adéquat ou discuter de quelle position le Roi doit adopter face au peuple, la reine affiche toujours une aptitude à la prise de décision assumée.
La véracité historique nous pousse donc à choisir Jacquot (à moins que ce ne soit le charme de Krüger qui a fonctionne à merveille).

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Erreurs historiques ? Guillotine et champagne.
Là où Coppola n’a pas été assez maline, Jacquot a choisi de ne pas s’étendre sur la durée. La période 14-17 Juillet 1789 est suffisante pour rendre compte de l’émoi qu’a suscité la prise de la Bastille, et de voir l’ensemble d’un système qui s’écroule. Seulement voilà, Sofia Coppola voulait voir l’évolution d’une jeune fille en reine. Pour cela, elle a dû sélectionner certains passages, en résumer d’autres. Notamment réduire la chute de la popularité de la reine par une succession de tableaux vandalisés, ce qui est loin de l’analyse minutieuse des relations royales au lit.
Jacquot n’est pas si proche de la réalité non plus. Certes, la duchesse de Polignac faisait partie des favoris de la Reine, mais elle n’était pas la seule. Certes, leur séparation a été douloureuse pour Marie-Antoinette, mais l’Histoire ne nous dit pas s’il s’agissait d’une relation plus qu’amicale. Cela pourrait très bien être une coïncidence des plus fortuites. De plus, la Polignac est ‘morte de douleur’ à 44 ans quelques mois après la décapitation de la Reine, selon sa mention tombale. Peut-être. Ceci dit, elle avait aussi le cancer. Et ça en fait, de la douleur, au 18ème siècle.

Sad-core VS corps de Sade

Il nous a donc fallu trois points pour arriver à la  conclusion que toute bataille est inutile. Tout ça pour ça, me direz-vous ? À quoi bon lire votre tartinade si c’est pour arriver à la même conclusion que les autres festoches, me lancerez-vous, armés de vos tomates pourries prêtes à être lancées ? Que nenni, défenderai-je, la lame de la guillotine au-dessus de mon échine. Que nenni, il faut juste savoir analyser ses envies et choisir en conséquence. Marie-Antoinette est une biographie transgénérationnelle qui se fond avec une aisance déconcertante au spleen pop des années 1980. Les Adieux à la Reine décrit un amour dévorant qui se craquèle quand la poudre de la représentation l’oblige à se dévoiler. En soi, le personnage de Marie-Antoinette est une excuse, un prétexte, un fantasme de la liberté de jouer à en perdre la tête. La lecture de ces deux films doit donc se faire à la lumière des réalisateurs. Ce qui intéresse Jacquot, c’est l’envers du décor, la partie immergée de l’iceberg. Ce qui est caché qui se révèle encore plus lorsqu’il est filmé comme une exclusivité d’images volés. Ce qui intéresse Coppola, c’est la bulle, le monde dans le monde, là où tout est possible. C’est pourquoi elle est considérée comme une cinéaste de la naïveté, parce qu’elle croit dur comme fer à l’influence de ces personnages totalement déconnectés de la réalité. C’est souvent ce paradoxe extrême qui devient le plus significatif. Bill Murray, le clown blanc de Los Angeles, n’a jamais fait autant rire que quand personne ne comprenait ses calembours dans Lost in Translation. Nous ne mettrons donc pas de notes, c’est trop 2008. Tout est affaire de traduction de désir. Pour l’une, c’est le désir de s’échapper de la cage la plus confortable au monde, pour l’autre c’est le désir d’assumer ses pulsions. Beau programme, non ? Rendez-vous le 21 Mars.

marieantoinette1 Bow Wow Wow

Par sympathyfortheprojectionist le 27 février, 2012 dans Focale
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6 janvier 2012

Bilan des entrées au cinéma en 2011 : Scorsese, ce héros

Le 4 Janvier dernier, le CNC a publié les résultats des entrées cinéma de 2011, largement supérieures à celles des années précédentes. Contrairement à la vogue hexagonale, les Etats-Unis souffrent d’une large baisse de fréquentation. Adaptation américaine d’un roman graphique qui se déroule dans le Paris des années 30, Hugo Cabret de Martin Scorsese semble bien se prêter au jeu des correspondances.

Bilan des entrées au cinéma en 2011 : Scorsese, ce héros dans Insert Hugo-Cabret-banni%C3%A8re-600x295

Cet acteur est insupportable : il écarte les narines quand il parle.

C’est officiel : nous n’avons jamais été aussi friands de salles obscures depuis 1966. Le Centre National du Cinéma a recensé 215,59 millions d’entrées pour 2011, soit 4,2% de plus que l’année dernière. Les Etats-Unis, par contre, font grise-mine : 1276 millions d’entrées, soit le moins bon résultat depuis 1995.

Symptomatique de ce malaise du cinéma, le dernier opus de Martin Scorsese, Hugo Cabret, taillé pour l’audience de grande écoute de fin d’année, n’a pas trouvé le public escompté. Le réalisateur, habitué des films de gangsters, avait choisi d’adapter le roman graphique de Boris Selznick L’Invention d’Hugo Cabret, qui a connu un grand succès outre-Atlantique en 2007. L’histoire se concentre sur un horloger-orphelin caché dans une gare parisienne. Son mode de vie l’oblige à voler les commerçants du hall, non sans risque. En se faisant attraper par un vendeur de jouets aigri, qui se révèlera être Georges Méliès ruiné, Hugo doit se séparer à contre-coeur de son précieux carnet.

Le film, sorti en 3D, affiche aux Etats-Unis une recette de moins de 50 millions de dollars selon CBO-BoxOffice. Son budget est de 170 millions. À titre indicatif, la première partie de Twilight 4 : Révélation, a engrangé près de 275,5 millions de dollars sur le seul sol américain, pour un budget de 125 millions de dollars.

Comment expliquer une telle perte d’engouement pour le dernier Scorsese ? Le film se déroule à Paris, ce qui constitue pour le réalisateur «Plus qu’un hommage, un pèlerinage».L’esthétique y est très travaillée et fidèle à l’époque, les bons sentiments pleuvent. En évoquant le passé de Georges Méliès, c’est toute l’histoire du cinéma qui résonne dans ce conte pour enfants. Et pourtant. «C’est plein de clichés français, de l’accordéon au croissant, tout y passe. Un peu comme Midnight in Paris de Woody Allen. Je comprends pas pourquoi les Américains n’ont pas apprécié.» nous confie Patricia, psychologue. «J’ai trouvé qu’il y avait des longueurs quand même. Bon, après, la deuxième partie sur Méliès était largement mieux.»

C’est aussi avec nos yeux de Français et/ou Parisiens que la critique d’Hugo Cabret se fait plus acérée. Dans ce Paris-là, il neige tout le temps, un carrefour relie Notre-Dame à la tour Eiffel et la gare d’Orsay, qui fonctionne toujours. Un Paris de carte postale ? Scorsese explique « On a dû concevoir un autre Paris, un Paris sublimé, parce qu’il s’agit avant tout des souvenirs d’un enfant. Le film de René Clair, Sous les toits de Paris, a été ma principale source d’inspiration.»

Appuyer sur l’esthétique de l’imaginaire, n’est-ce pas une façon de vouloir se relier à l’actualité ? Au-delà de tout succès éditorial, Hugo Cabret raconte la mort d’un cinéma, considéré comme expérimental à l’époque, et qui est maintenant le modèle de tout film à effets spéciaux. La première mutation du cinéma a déjà fait sa première victime. Peut-on y voir un écho aux chutes de fréquentation de 2011 ? Hugo Cabret est pourtant sorti en 3D, le gadget préféré des salles obscures depuis la sortie d’Avatar. Selon Scorsese, c’est «un outil narratif évident. La 3D est faite pour les comédiens. Les performances et les relations sont vraiment différentes, presque plus intimes.». Ce n’est pas l’avis de tout le monde. «Je n’ai pas vu Hugo Cabret en 3D. En général, je trouve que ça n’apporte rien de plus.» lâche Guillaume, 21 ans. «Les réalisateurs n’utilisent que l’effet de profondeur, et c’est assez mal fait. Et puis, il n’y a pas assez de jeu avec le spectateur : ils devraient s’inspirer de la pub Haribo qui nous donne l’impression que les bonbons flottent, ou de l’interaction qu’il y a dans Captain Eo (attraction en 3D de Disneyland mettant en scène Michael Jackson, NDLR)» Notons que la 3D au cinéma perd le prestige qu’elle avait acquis il y a deux ans. Pour la dernière partie d’Harry Potter 7 (2011), 60% des spectateurs ont refusé de le voir en relief, alors que pour l’Alice de Tim Burton (2010), ce même chiffre était utilisé pour les porteurs de lunettes. La plupart du temps les spectateurs préfèrent payer moins cher, sachant que la 3D, en plus d’être inconfortable, assombrit les couleurs des films.

Est-ce donc la fin du cinéma figuratif ? Les crises, qu’elles soient financière ou scénaristique, ne risquent-elles pas d’enterrer un certain type de réalisation ? L’académie londonienne du film et de la télévision (BAFTA) vient d’annoncer que Scorsese sera récompensé d’un prix honorifique pour l’ensemble de sa carrière en Février. Déjà la retraite ? Les projets ne manquent pas au réalisateur, auréolé d’un palmarès à faire rougir tout intermittent du spectacle. Une adaptation de Silence par le scénariste de Gangs of New-York avec Gordon-Levitt, un biopic sur Frank Sinatra… Et pour l’instant, les deux sont prévus en 3D.

Cette utilisation de la technique de projection en relief pourrait-elle devenir plus qu’un gadget ? Peut-on alors prévoir un rapprochement entre jeux vidéo et cinéma en 2012 ? Les adaptations se multiplient d’un côté (Warcraft, Halo en préparation, Prince of Persia & Resident Evil déjà sortis), les scénarios se complexifient de l’autre (ne serait-ce qu’Assassins Creed : Revelation, véritable film interactif). Un changement aussi radical semble tout de même relever de l’ordre de la fiction. Après tout, le héros du dernier Scorsese, ce n’est qu’un garçon qui cherche sa famille. Et pas la mort symbolique du cinéma États-Unien. Quand on demande à nos interviewés si 2012 sera favorable ou cinéma ou pas, on en conclut aisément qu’il est loin d’être passé de mode : «Pourquoi pas !», répond Patricia, «On en a besoin, surtout en période de crise.». Et Guillaume de renchérir «J’espère bien, vu que j’ai acheté la carte UGC !». Il ne faudrait pas, tout de même, que la technique remplace la qualité du cinéma. Le défaut d’Hugo Cabret se trouve bel et bien dans cette oscillation, entre symbolisme appuyé et grande oeuvre du cinéma globalisé, comme s’il n’osait pas s’aventurer dans les méandres du simple divertissement. Scorsese et Hugo sont peut-être bien une seule et même personne, orphelins d’un monde qui n’est plus celui qu’ils ont connu, à la recherche d’un nouvel espace, d’un nouveau départ.

Les citations de Martin Scorsese sont extraites de l’interview de Valentin Portier pour Evene.fr.

BONUS CACHÉ : CAPTAIN EO !

http://www.dailymotion.com/video/x9plsv

Par sympathyfortheprojectionist le 6 janvier, 2012 dans Insert
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28 novembre 2011

Intouchables, vraiment ? Le film anti-critiques.

Vous avez aimé ? Nous aussi. Pas facile d’être original quand un film fait 10 millions d’entrées. Pourtant, ‘Intouchables‘ est peut-être le meilleur coup commercial de 2011.

Intouchables, vraiment ? Le film anti-critiques. dans InsertCe qui frappe, au premier abord, ce sont les visages souriants de François Cluzet et Omar Sy. Le premier, acteur reconnu et déjà récompensé en France (César 2007 pour Ne le dis à personne de G. Canet), le deuxième comique, figure montante de la nouvelle génération d’acteurs. Si l’attitude est la même, le gros plan sur les visages accentue une différence flagrante : un noir, et un blanc. Un quinqua grisonnant en chemise et un p’tit jeune rasé en pull à capuche.
La composition de l’affiche suggère la trame principale du film : le jeune Driss est placé en hauteur par rapport à Philippe, car ce-dernier est tétraplégique. S’il choisit ce jeune de banlieue pour être son garde-malade, c’est parce qu’il en a marre des précautions qu’on prend pour lui parler, le déplacer, comme s’il était en sucre. Sauf que ce jeune-là n’a aucune expérience ou connaissance de sa fonction, si ce n’est du bagou. Le ressort comique principal est donc une confrontation entre deux modes de vie diamétralement opposés. Le scénario est simple, mais le phénomène est bien présent.

Si on analyse ce succès, dès qu’une once de critique s’élève contre le film de Toledano et Nakache, les furies se déchaînent : associations, congrégations, actions d’insertion, comités, délégations… En filmant les générations issues de l’immigration associées à des handicapés moteur à vie, les soutiens ne manquent pas. De plus, les réalisateurs centrent leur comédie sur les caractères des personnages : le tétraplégique s’est affadi suite à son accident, tandis que Driss a développé une carapace de banlieusard sanguin. Leur confrontation amène à un apaisement en société, comme s’ils s’étaient libérés de leurs castes sociales. C’est beau. En plus, en toute fin de film, pour arracher une larme au spectateur, un film amateur nous révèle que oui, ces personnages ont bel et bien existé. Torrents de larmes, applaudissements émus, succès retentissant. Oui, mais.

Ce n’est pas un peu facile, tout ça ? Cette amitié est improbable : les clichés la relègueraient au titre de bizarrerie. Le trait est trop appuyé : au pot-pourri de musique-classique-best-seller-utilisées-pour-les-pubs-Aoste est opposé le son funky des « Earth, Wind and Fire ». Pas sûr qu’un gars de banlieue s’y connaisse en son de la fin des années 70. Pas sûr également qu’un aristo fan de musique classique ne fasse écouter que les mélodies qui servent de répondeurs téléphoniques à son initié. Seulement voilà, tout dans la conception du film, jusqu’au choix des chansons, est fait pour fédérer le maximum de personnes.

Dans le fond, ‘Intouchables‘ est un film très triste : il ne raconte que la difficulté des personnes à aller au-delà du premier abord. Il montre comment ceux qui sont critiqués rentrent petit à petit dans le moule que leurs détracteurs les affublent, et la plupart du temps injustement. En ce sens, le succès de ce film tient donc au reflet de la société, un reflet grossissant, du même acabit que celui utilisé pour l’over-succès de Dany Boon et ses Ch’tis. Très bien, c’est facile, ça dégouline de bons sentiments, et c’est pare-balles aux critiques assassines (« Êtes-vous vraiment un être humain pour oser critiquer cette magnifique fable ? » Les commentaires de l’article des Inrocks sont tout simplement délectables) Pourquoi aller voir ce film ? Pourquoi ne pas attendre le docu Arte qui racontera la vraie histoire de ces vrais héros du quotidien ?

Cet opus est peut-être un sosie de ‘Joséphine, ange gardien’, mais il a un sacré avantage, et l’affiche sait le mettre en valeur. Tout au long du film, c’est le couple Cluzet-Sy qui remporte tous les suffrages. À défaut d’être un parfait objet cinématographique, Intouchables a su capter la complicité entre ces deux acteurs. Et on rit à gorge déployée, pas parce que la cause de la banlieue paralysée nous a ouvert les yeux et le porte-monnaie, mais parce qu’ils sont drôles. On vous l’avait dit, le meilleur coup commercial de l’année.
(Ceci dit, j’attends de voir le film qui ouvrira les porte-monnaie des Français. Bon courage !)

Par sympathyfortheprojectionist le 28 novembre, 2011 dans Insert
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21 novembre 2011

La page blanche, cauchemars et exaltations

La page blanche, cauchemars et exaltations dans Focale shining-typewriter-blue

Elle empêche le repos. Personne ne sait comment la combattre. Elle hante les créateurs en manque d’inspiration, mais pourquoi détester la page blanche ? Source de stress, d’angoisse, de déceptions également, la pureté de la clarté du papier fait frissonner. Pour les réalisateurs, la page blanche a donné naissance à des pellicules qui sont loin d’être blanches comme neige. De quoi provoquer des nuits blanches…

Barton Fink, Joel & Ethan Coen
Shining, Stanley Kubrick
Limitless, Neil Burger

limitless_image_bradley_cooper-600x333 Barton Fink dans FocaleL’hypothèse, assez cocasse et caricaturale, de Limitless serait que le syndrome de la page blanche est une maladie. Logiquement, comme tout bon capitaliste américain qui réfléchit, nous pensons qu’une maladie entraîne un traitement et donc un médicament miracle. Un médicament contre la connerie. Oui oui, vous avez bien lu, un remède à la bêtise qui transforme les couleurs en Stabilos et le sexe en parties d’échecs. Échec et mat pour cet opus aussi marquant que le dernier volume d’Anna Gavalda. Pourquoi réduire la question abyssale du manque d’inspiration à une nouvelle drogue ?

L’écriture est, certes, une drogue. On ne peut pas s’en passer, mais on a du mal à s’y mettre. Comme tout exercice on rechigne à commencer, mais une fois lancés impossible de nous arrêter. La page blanche est donc le symbole de l’esprit en jachère, du citoyen lambda qui voit dans la feuille un modèle aérodynamique à durée de vol limitée. Pas de ça chez les artistes, qui sont beaucoup plus supérieurs à la plèbe, à ceux qui cherchent encore sur Google des modèles de lettres de démission. Mais bon, n’est pas Mallarmé qui veut.

the_shining_typewriter Bradley Cooper

Alors on cherche, on se perd, on tombe dans le gouffre de la question qui tue : qui suis-je, si je ne peux même pas écrire ? Un peu trop Freudien pour vous ? Pour pallier ce manque de base psychanalytique, il y a heureusement Stanley Kubrick. Kubrick, c’est la vulgarisation des cheminements labyrinthiques qui aboutissent à un discours aussi flou que farfelu, le tout en deux heures. Le film choisi, Shining, est lui aussi ‘flou et farfelu’ : donner le premier rôle (celui d’un écrivain qui s’isole avec femme et enfant tout un hiver dans un hôtel déserté pour la saison, histoire de trouver l’inspiration) à Jack Nicholson, c’est risqué. Par son visage, sa gestuelle, tout nous amène à penser à un clown alcoolique. Et pourtant, Shining est loin d’être une simple farce. L’écrivain qui souhaite à tout prix s’isoler dans la création de son roman entre en fait dans la spirale de la folie. Et son travail, que surprend sa femme, n’est que le témoin de son aliénation. La hantise de la page blanche n’a fait que ressortir les démons noirs d’une saison sombre.

barton-fink-s Deconstructing HarryMais alors quoi ? Vaut-il mieux ne rien écrire, se borner à rejeter toute envie de griffonnage comme une attirance adolescente ? Jusqu’à présent, nous n’avons pas parlé des commandes de livres, qui subissent également le même sort. Dans Barton Fink, des frères Coen, un dramaturge new-yorkais de talent décide de se mettre au service des grands studios hollywoodiens lorsqu’il décroche un contrat juteux à Los Angeles. Seulement voilà, écrire un scénario de film de catch, c’est relativement loin de son théâtre poétique de l’Homme Commun. À chaque fois que Barton se met à son bureau, un élément nouveau, une péripétie le sort de sa concentration, comme si le monde se liquéfiait à l’idée qu’il puisse écrire un scénario. Le papier-peint de sa chambre va jusqu’à se décoller des parois. Écrire pour soi, ou écrire pour un autre ? Fidèles à leur humour noir teinté de rire jaune, les Coen transporte leur héros aux confins de l’humanité dérangée et déglinguée, véritable excuse pour sécher la machine à écrire.

Après tout, la page blanche, ce n’est qu’une question d’environnement. Johnny Depp écrit sur son ordinateur dans Fenêtre Secrète, c’est pour ça qu’il ne sait plus si son texte est une oeuvre originale ou copiée : elle est trop silencieuse. Jack et Barton utilisent des machines à écrire bruyantes, tachées, lourdes, quasi-sacrées. L’acte d’écrire est en soi officialisé : écrire à l’encre, c’est aussi ne pas faire de fautes, donner un aspect fini à ce qui ne peut être qu’un brouillon. Les fins des films entraînent une destruction partielle de l’environnement qui entoure les écrivains. Pour Limitless, l’appartement d’un mafieux devenu adepte d’un vocabulaire châtié est complètement détruit par le héros, devenu drogué en plein bad. La carrière de celui qui était présenté comme un modèle finit en queue de poisson. Dans Shining, l’hôtel saccagé est livré aux intempéries de l’hiver, le corps de Jack est retrouvé dans le labyrinthe, sous la neige. Quant à Barton Fink, la dernière touche au script entraîne indirectement un incendie dans son immeuble, qui est également un hôtel. Les éléments se déchaînent quand l’imagination est enfin enchaînée.

La création est donc dangereuse pour la santé, pour mieux bouger, écrivez plutôt l’histoire de vos amis, c’est largement plus facile à décrire, moins coûteux, moins long, et avec un peu de chance vous serez adaptés à l’écran en téléfilm de l’après-midi sur M6. Programme alléchant. Enfin, comme le dit souvent Woody Allen, ne nous prenons pas au sérieux. Il met lui-même en scène ses travers d’écriture dans Deconstructing Harry : un écrivain descend aux Enfers pour avoir publié un roman sur ses amis, mais à leur désavantage. De quoi raviver nos névroses… À la vôtre !

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Par sympathyfortheprojectionist le 21 novembre, 2011 dans Focale
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12 juin 2011

Le film-propagande à la sauce Bégaudeau

Pourquoi ‘Entre les murs’ (Cantet, 2008) est un film de propagande.

Ah, l‘Education Nationale ! Le sujet préféré des Français. «Il faut faire ceci !», «Mais non rajoutons cela !». Bref, l’enjeu majeur de tout parti politique, à tel point qu’on ne compte plus les réformes, décisions, lois, hypothèses, recensements, vidanges ou grèves qui brandissent ce thème. Difficile donc de garder une certaine objectivité face à ce domaine, surtout pour un blogueur étudiant, qui plus est fils d’une ex-institutrice. Dans mon cas d’étudiant en littérature, je suis même quadruplement concerné, vu les multiples débouchés qu’offre cette filière.

Le film-propagande à la sauce Bégaudeau dans Pellicule the-class-entre-les-mur-001

Genre je suis autoritaire

Mais ne nous égarons pas dans des considérations égocentriques. Donner une palme d’or à un petit film, attirer le regard des grosses machines de production sur un indé bien monté et percutant a toujours été de bon goût, et le jury de Sean Penn l’a bien appliqué. Mais pourquoi Entre les murs ? À quoi bon ? Filmer une ZEP à travers l’expérience d’un jeune écrivain (qui va par la suite faire tout sauf de l’enseignement), pourquoi pas. Mais ce film est peut-être plus gênant pour son format clairement assumé de propagande nationale.

Ai-je été le seul à remarquer la démagogie dégoulinante de ce film ? Oh oui, François Bégaudeau, le défenseur de la littérature, le pourfendeur de la culture auprès des jeunes en difficulté, le démocrate qui accueille toutes les couleurs de peau mais se prend tout sur la tête pour avoir défendu un élève turbulent.

Suis-je le seul à remarquer cette discrimination positive ? Je pense que l’effet d’artificialité a été accentué par le choix du réalisateur qui a fait appel à des acteurs non professionnels pour incarner les élèves. Franky n’est même pas acteur, malgré ses nombreuses étiquettes.

Essayons tout simplement de nous immerger, le temps d’un instant, dans la réalité d’un professeur en ZEP. Déjà, ce n’est pas en toquant sur une table qu’on obtient du silence, détail certes, mais détail irréaliste, ne serait-ce que pour des collégiens. Essayer de faire lire du Anne Frank à une classe sans but pédagogique, sans encadrement, sans angle d’attaque ludique pour un groupe qui ne demande qu’une chose : un cours classiquement sobre pour mettre le bazar est tout simplement suicidaire. Enfin, et je crois que c’est le pompon qui m’a fait l’effet d’un électrochoc : parler de son identité sexuelle avec ses élèves. François, impassible, se défend de ne pas être homosexuel. Déjà de 1 si le professeur se soumet à l’élève, crédibilité zéro, adieu les coups de «Hop je toque sur la table et j’obtiens le silence.». De 2, parler de sexualité dans le cadre de l’enseignement à un groupe de mineurs peut toujours retomber sur la tête de l’instit’, et ce même quand il se défend. Mais bon on n’aborde pas trop ce sujet-là quand même hein, il faut que le monde de l’éducation reste idyllique, avec une équipe pédagogique soudée et des créations de textes tire-larmes à la sauce «Vis ma vie de banlieusard, t’as vu», pas du tout mais alors pas du tout caricaturales. De 3, et je suis au regret de vous le dire, nous ne sommes pas dans un monde manichéen. Ce n’est pas en allant dans une ZEP que tu vas te confronter à un clip de Kenza Farah ambulant, et ce n’est pas non plus en prenant une posture à la Benjamin Biolay face à une classe comme celle-ci que tu peux faire avancer les choses. Je n’arrive pas à voir ce film autrement que comme une primitive lutte des classes. Nous retournons au bon vieux mythe de l’ascenseur social. Ça fait rêver, vous l’avez tous voulu, et bien le voilà ! Seulement, l’idée de l’école comme élite, ça fait légèrement poussiéreux.

On ne voit pas l’ennui de devoir tenir la distance en tant qu’enseignant permanent d’une même classe, comme l’admet le Monde. On ne voit pas les difficultés des jeunes enseignants, qui à peine diplômés sont jetés dans une zone d’éducation principale sans aucune formation préalable à la gestion d’une classe. On ne voit pas l’exigence universitaire de plus en plus aiguisée des concours de l’enseignement qui est en nette opposition avec le statut même de fonctionnaire d’état.

On assiste, inefficaces, à des règlements de compte entre deux figures citadines opposées, qui finissent par détruire toute entreprise d’apprentissage aux jeunes. La preuve, le plan final de ce film nous montre la classe de Franky dans un désordre total, vide, les chaises n’importe comment. Donc, pour le réalisateur, enseigner c’est déplacer des chaises. Certes, ce n’est pas rentable. Mais l’enseignement ne l’a jamais été. L’intérêt de l’enseignement tient à la formation des générations futures. Mais bon, dans notre société de la culture jetable et du tout de suite, le profit à long terme et sans fructifications concrètes, on aime pas. Alors on réduit, on enferme, on complexifie, mais quand on filme par contre, on va rester cool et juste filmer l’histoire du méchant élève qui se fait virer du collège parce qu’il est vraiment pas gentil. Je vous l’avais dit : traiter ce sujet sans politique, c’est impossible.

Sean Penn a peut-être vu l’aspect polémique de ce film, enfin je l’espère sincèrement, car de toutes les critiques lues sur le sujet, toutes sont tombées dans le panneau. Comme quoi, même aujourd’hui, quand on jette des paillettes pour cacher le plâtre, ça marche encore.

Par sympathyfortheprojectionist le 12 juin, 2011 dans Pellicule
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4 juin 2011

Le faux teen-movie : caustique, vraiment ?

Kick-Ass, Matthew Vaughn, 2010
The Runaways, Floria Sigismondi, 2010
Jennifer’s Body, Karyn Kusama, 2009
Super Grave, Gregg Motola, 2007
Juno, Jason Reitman, 2007

Sacrés Ricains, ils ne manquent pas une occasion de retourner leurs vestes. Devant la montée grandissante du film underground décalé (et peut-être devant le gros bide de Superman Returns) le teen-movie stéréotypé à mort a donné place à une nouvelle forme de divertissement, conscient de sa bêtise et de son propre décalage. Acte volontaire ou coup de poker marketing ? Le phénomène, appliqué à d’autres genres, obtient un très fort succès. Assistons-nous au règne du caustique ? Pas sûr.

 

Kick-Ass, 2010

 

 

Par sympathyfortheprojectionist le 4 juin, 2011 dans Focale
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